Avant que le jour ne dévore la nuit

Conception et mise en scène : Charlotte Pons et Camille Dégeorges Ruffelaere
Texte : Charlotte Pons
Violoncelle : Camille Dégeorges Ruffelaere
Production : La Compagnie Caravelle

“La colère, c’était toi tout entier,
Je sentais bien que toujours elle menaçait / sommeillait / Affleurait / frémissait / Grondait
Ne demandait pas grand-chose pour se déverser à gros bouillon.
A coup de poings
A coup de pieds
Dix.
Tu as donné 10 coups avant de fuir.”

Résumé

Une mère s’adresse à son fils absent, son fils incarcéré. En attente d’un parloir, en quête de réponses, elle cherche à comprendre ce qui a pu le mener à agresser une jeune femme. Entre deux visites à son avocat, elle remonte le fil de la violence, s’interroge sur sa responsabilité, questionne l’acquis et l’inné. Elle convoque l’enfant qu’il a été, la relation qu’ils ont tissée. Elle dit son amour maternel autant que son désarroi de femme face à la brutalité dont il a été capable. L’amour qui n’a pas suffi à endiguer cette brutalité ; la brutalité qui ne suffit pas à épuiser l’amour. Retranchée dans les montagnes comme le garçon est isolé en prison, en marge de la société dont elle se sent désormais exclue par ricochet, elle interroge ce qu’on attend d’elle, ce qui incombe aux femmes, ce qu’on fait peser sur les mères.

“Je songe à tes bagues : l’une à l’index, l’autre au majeur. Un truc de gitanou de rocker qui plus que la carrure de tes épaules ou le renflement de tonpantalon, a toujours éveillé chez moi la sensation trouble de ta virilité.Virilité qui a vrillé.”

Note d’intention (par Charlotte Pons)

“Avant que la nuit ne dévore le jour” est autant une adresse à un fils qu’un soliloque fébrile qui nous plonge dans le flux de pensées d’une femme en proie à l’ambiguïté et à la crudité des sentiments qui l’agitent. Entre cynisme et amour, colère et tendresse, culpabilité et rejet, la mère oscille. Autant d’émotions soulignées et/ou mises en tension par le travail au violoncelle et looper. Fragile ou à bout de souffle, le chant lui répond, symbolisant le choeur de toutes les femmes.

Avant que la nuit ne dévore le jour” est né du jaillissement d’une phrase… « Petit, tu n’étais pas aimable et tu semblais défier quiconque de t’aimer »Puis d’un questionnement qui s’est imposé à moi en devenant mère : et si je n’aimais pas les adultes que seront un jour mes enfants ? Phrase dont j’ai tiré le fil pour trouver une rythmique et questionnement que j’ai incarné dans une histoire. Celle d’une mère qui n’a jamais réellement compris son enfant et qui a toujours eu, tapie au fond d’elle, la conscience qu’il pourrait basculer dans la violence. Une femme qui a l’honnêteté de s’interroger sur larelation qui l’unit à son fils, sur ce qui tient de l’amour instinctif ou de l’injonction sociale. J’ai voulu mettre en mots – crus et prosaïques autant que poétiques – l’ambiguïté de la maternité, entreamour censément immuable et rejet possible.

Comment ne pas continuer à nourrir le système dedomination masculine ?
La performance est découpée en 4 tableaux :
– Les tableaux 1 et 2 explorent le passé pour tenter de cerner la personnalité du fils, incarner l’enfant qu’il a été et l’amour qu’elle a pour lui éprouvé.
– Le 3ème évoque les faits, la traque et l’agression d’une jeune fille.
– Le 4ème est une projection dans le monde carcéral.
Le fils est un numéro d’écrou et, en attente de le voir, la mère s’interroge sur son quotidien.

“La peur, la cadence vive, l’oeil aux aguets, le coeur qui bat, l’impression d’être ouverte à tout va. Le tranchant dérisoire des clefs qui arment le poing.Voilà ce que c’est, que d’être une fille.”