Pièce du répertoire – La Compagnie Caravelle
Texte de Antoine Guillot
Claudel & Rodin est une chambre de tension. Un face-à-face incandescent entre deux forces créatrices : Camille Claudel, la forme arrachée à la matière, le corps pensant, la sculpture comme acte de vérité, et Auguste Rodin, la puissance brute en lutte avec le volume et le monde. Ici, l’amour n’est ni décoratif ni consolant. Il est un champ de bataille.
Une écriture de la friction
La pièce s’appuie sur la correspondance, les silences, les non-dits, mais refuse l’illustration biographique. Le texte taille dans l’archive pour en extraire l’essentiel : la collision entre désir, foi, création et pouvoir. La langue claudélienne y est abordée comme une matière vivante, parfois sublime, parfois coupante, toujours risquée. Ce n’est pas un hommage. C’est une mise à nu.
Le corps contre la parole
Sur scène, la sculpture n’est pas citée : elle est convoquée. Le corps devient bloc, résistance, effort. La parole cherche à prendre forme pendant que la matière refuse de céder. Le plateau se transforme en atelier mental où chaque geste est un choix, chaque phrase une tentative d’emprise. Le théâtre devient un lieu de fabrication — et d’échec assumé.
Une histoire d’amour politique
Claudel & Rodin raconte une relation asymétrique, traversée par les rapports de domination, la reconnaissance refusée, l’effacement d’une voix au profit d’une autre. Mais la pièce ne juge pas : elle expose. Elle interroge ce que le génie coûte aux corps, ce que la création exige des vivants, et ce que l’histoire choisit de retenir — ou d’effacer. Le passé devient un miroir tranchant de nos débats contemporains : création et prédation, admiration et emprise, sacré et transgression.
Une œuvre de tension dans le répertoire
Dans le répertoire de La Compagnie Caravelle, Claudel & Rodin occupe une place singulière : celle d’un théâtre de la confrontation intime, où l’histoire sert de laboratoire critique pour penser le présent. La pièce dialogue avec les autres œuvres de la compagnie par son exigence : celle de ne jamais séparer l’esthétique du politique, ni le désir de la responsabilité. Claudel & Rodin n’apaise rien. Il met à l’épreuve. Et rappelle que créer, aimer, croire sont parfois des gestes dangereux — mais nécessaires.

