Autour des créations

Trois spectacles, trois portes d’entrée pour une EAC vivante (et vraiment incarnée)

À La Compagnie Caravelle, l’éducation artistique et culturelle ne vient pas “après” la création : elle en est le prolongement naturel. Chaque spectacle devient un terrain d’enquête, un déclencheur de parole, un laboratoire où l’on apprend à regarder, à nommer, à ressentir, puis à fabriquer à son tour. Autour des représentations, la compagnie propose des parcours modulables : rencontres, échanges, ateliers d’écriture, de jeu, de dramaturgie, de scénographie, et parfois des formes de restitution pensées avec les équipes pédagogiques. L’idée est simple : faire du théâtre un outil d’analyse du monde autant qu’un lieu d’expérience sensible.


Guillotine

 — Dire la violence, comprendre la scène, reprendre la parole

Autour de Guillotine, la compagnie propose un format EAC structuré sur 2 à 4 heures, articulé autour de la représentation, d’un échange avec Antoine Guillot, puis de prolongements possibles par ateliers. Les thématiques annoncées posent un cadre clair : “dire la violence au théâtre” et l’écriture du “je” dans le théâtre contemporain. L’enjeu pédagogique est de donner des outils pour analyser le théâtre d’aujourd’hui, penser le théâtre comme pratique sociale / fait social, et interroger la puissance de la parole scénique pour “dire et traduire” la violence contemporaine, notamment la violence dite “gratuite”.

Concrètement, les possibles EAC autour du spectacle sont très riches :

  • Travaux d’écriture et de réécriture, à partir d’anecdotes, de situations, de dialogues (construction d’un récit, organisation dramatique, invention de scènes).
  • “Le procès en écriture et sur scène” : invention de plaidoiries (partie civile / défense), mise en place d’une logique de cour d’assises (juges, jurés, délibération, verdict) — un terrain idéal pour travailler rhétorique, oralité, argumentation, mise en jeu et mise en espace.
  • Ateliers jeu / mise en scène : restitution devant la classe, travail d’espace, de lumière, appuis possibles sur sons et musiques.
  • Chœur, lecture chorale, lecture “sauvage”, rythmes, déplacements : une manière très concrète d’entrer dans le texte par le corps, la voix et l’architecture collective du plateau.

Au creux de la brèche

 — Comment parler de l’inceste : théâtre, performance et interdisciplinarité

Pour Au creux de la brèche, le parcours EAC s’organise lui aussi sur 2 à 4 heures : représentationéchange avec l’équipe artistique (Camille Dégeorges Ruffelaere, Jérémie Buatier, Antoine Guillot), puis ateliers possibles sur les deux heures suivantes.

Le dossier insiste sur des objectifs qui tiennent ensemble l’exigence artistique et l’utilité sociale : analyser un texte et sa représentation, considérer le théâtre comme fait social, et créer un espace où la parole peut se construire autour d’un sujet encore largement tabou. Le projet se prête particulièrement à l’interdisciplinarité (musique, arts plastiques) et peut être articulé aux programmes de primaire, collège, lycée, selon le public et le contexte. Le dossier précise aussi que le spectacle peut être adapté pour des classes de primaire (6e/5e) et des établissements spécialisés.

Après la représentation, l’échange peut aborder le texte, sa structure, le travail d’écriture, mais aussi la composition musicale et plastique — et ouvrir une réflexion guidée : “comment dire / parler de l’inceste” et, plus largement, la question du respect de soi. C’est une EAC qui cherche à outiller sans assécher : donner une langue, des formes, des gestes pour approcher l’indicible avec justesse.


BassTronaute

 — Écouter, inventer, écrire : du spectacle au conte musical collectif

Avec BassTronaute, la compagnie propose un cadre très lisible : 35 minutes de spectacle30 minutes d’échange, puis des ateliers construits avec les enseignant·es / référent·es. Le dossier précise que les ateliers peuvent aller de séances d’1 heure à un parcours sur plusieurs semaines ou mois, avec la possibilité d’aboutir à une création musicale et l’écriture d’un conte musical. Le public est clairement identifié : 5 à 11 ans (cycle 1 grande section, cycle 2, cycle 3, jusqu’au CM2 / 6e), ainsi que conservatoires et autres structures.

Les ateliers proposés tracent une progression idéale pour une EAC “de la sensation vers la construction” :

  • Atelier d’écoute et de voix : comprendre le rôle de la musique et de la voix, identifier / reproduire / inventer sons et rythmes ; l’échange après spectacle sert de point de départ.
  • Atelier sur le langage : musical (organisations sonores, rythmes) et corporel (le corps comme outil de langage musical, gestes-émotions, jeux où le corps devient instrument).
  • Atelier de création (écriture poétique et musicale) : inventer l’histoire d’un instrument, structurer un propos, travailler la forme du conte, jusqu’à l’écriture d’un conte musical (le dossier évoque un minimum de 12h pour cette étape).

Une Éducation Artistique et Culturelle “au plus près” : du spectacle à l’acte de faire

Une même ligne : partir de la représentation comme d’un choc sensible, puis ouvrir un espace où l’on apprend à regarder (dramaturgie, scénographie, jeu), à dire (écriture, oralité, argumentation), et à faire (mise en voix, mise en espace, restitution, création). Qu’il s’agisse de traverser la question de la violence (Guillotine), d’oser la parole sur l’intime et le social (Au creux de la brèche), ou de construire une aventure musicale et narrative avec les plus jeunes (BassTronaute), l’Education Artistique et Culturelle “autour des créations” est pensée comme une traversée : un passage du rôle de spectateur à celui d’explorateur — et, parfois, de créateur.