Actions de territoire & EAC
Une compagnie ancrée, une navigation ouverte
Fondée en 2010 par Antoine Guillot, La Compagnie Caravelle s’est construite sur un double cap : créer et diffuser des spectacles, et déployer des actions culturelles destinées à tous les publics. Ce mouvement “deux-mâts” irrigue le territoire Savoie Mont-Blanc tout en se prolongeant à l’international, afin de faire résonner le théâtre contemporain là où on ne l’attend pas — hors des scènes traditionnelles, au plus près des habitantes et habitants.
La compagnie revendique une logique de service public poétique : chaque intervention est pensée comme un acte citoyen. Créer du lien. Semer des idées. Redonner au théâtre sa puissance politique, sensible et humaine. Cette architecture se décline aujourd’hui en quatre axes complémentaires : Création, Territoire, EAC (Éducation Artistique et Culturelle) et Média . Une manière de dire que, chez Caravelle, le plateau, la transmission et la cité appartiennent à la même phrase.
L’axe Territoire : faire théâtre partout, avec tout le monde
Culture Santé / Culture Justice : le théâtre là où il manque le plus
L’axe Territoire s’incarne dans une transversalité assumée : collaborations avec des dispositifs Culture Santé et Culture Justice , interventions dans des lieux non-théâtraux (structures de soin, établissements médico-sociaux, espaces de relégation) pour amener le théâtre là où il est souvent absent. La compagnie investit notamment des EPHAD, hôpitaux, prisons, quartiers ou structures d’accueil de personnes en situation de handicap . Ici, l’action culturelle n’est pas “un plus” : elle est un moteur.
La Mini tournée des Alpes : un réseau d’hôtes et de spectateurs
Depuis le printemps 2015, La Compagnie Caravelle déploie la “Mini tournée des Alpes”, qui porte spectacles, conférences, lectures et présentations de maquettes vers des lieux insolites : chez l’habitant, bibliothèques, galeries, ateliers d’artistes, cafés, musées, dans les recoins des deux Savoie, mais aussi de l’Isère et de l’Ain . Le réseau est renforcé en 2021 pour répondre aux secousses de la crise sanitaire . Le principe est clair : “tout le monde peut être spectateur, tout le monde peut être hôte” . On ne “décentralise” pas : on recompose la carte.
Projets participatifs : art & lien social
Caravelle développe des dispositifs où le public n’est pas seulement destinataire mais partenaire.
- Les Racomptoirs transforment un bar en scène éphémère : des artistes s’installent comme des clients, trinquent, et assemblent textes, chansons, musique, danse, improvisations. Un patchwork de rages, de joies, de poésie partagée . Une soirée qui ne prétend pas durer, mais qui marque — “demain on n’en parlera peut-être plus, mais demain on s’en souviendra” .
- Première lettre réhabilite la correspondance comme geste artistique : on s’inscrit pour recevoir le courrier d’un·e inconnu·e (vieille lettre, mot doux, liste de vœux…) , avec des partenaires (collectifs/compagnies) et une logique de pont entre des vies qui ne se seraient jamais croisées.
- Le Fil Rose (dans votre texte) prolonge ce mouvement vers l’intime : recevoir la lecture d’un comédien par téléphone, faire du foyer un théâtre clandestin, du désir une matière de scène.
L’axe EAC : transmettre, démocratiser, émanciper
Une EAC “sur mesure”, de la parole à la performance
Depuis sa création, La Compagnie Caravelle propose des stages et ateliers conçus au contact des publics et adossés aux créations : apprendre à appréhender la parole publique, aborder la scène, développer un esprit critique et un regard sur le monde contemporain . Les actions s’adressent à tous les publics, dans des cadres scolaires, associatifs, sociaux, de santé, quartiers, entreprises .
Les formats s’étendent du “Théâtre Incontrôlé” au team building, en passant par des ateliers thématiques (“Se raconter le monde” inspiré de Paradis Perdu), des stages découverte, de la préparation au Grand Oral, des formations d’expression en public, et l’accompagnement de classes théâtre au collège/lycée . Les actions sont soutenues par la DRAC et diverses institutions partenaires, et la compagnie est déclarée organisme de formation .
Un maillage éducatif solide, du primaire au supérieur
Sur le territoire, la compagnie intervient dans les options et spécialités théâtre des lycées Baudelaire (Annecy) et Vaugelas (Chambéry) , mène des projets avec l’Université Savoie Mont-Blanc et l’ENAAI , et organise stages/ateliers/master classes de la primaire aux études supérieures . L’enjeu affiché est une démocratisation réelle : aller chercher les spectateurs qui ne le sont pas encore et, parfois, intégrer le citoyen au processus de création .
Autour des créations : “Guillotine”, module identité
Caravelle développe aussi des modules pédagogiques en lien direct avec les spectacles. Autour de Guillotine, par exemple, un module interroge la notion d’identité : comment elle se forme, comment la société nous renvoie une image de nous-mêmes, comment le récit intime devient politique. Des lycéens, résidents d’hôpitaux et habitants de quartiers prioritaires participent régulièrement à ce module, adapté sur mesure .
Théâtre Incontrôlé : la philosophie qui relie territoire, EAC et création
Au cœur de l’identité Caravelle, il y a une esthétique — et une méthode — : le Théâtre Incontrôlé. Né d’une recherche expérimentée dès 2005, il vise à saisir un fragment de réalité capté par le performeur, en faisant coïncider autant que possible temps de création et temps de représentation . L’instant devant le spectateur devient instant créateur .
Cette démarche porte des objectifs explicites : prendre conscience du monde, devenir acteur de sa société, partir à la rencontre du public, porter en tout lieu l’urgence du théâtre, et favoriser l’échange, le débat, la confrontation d’idées . Elle revendique un théâtre populaire (anti-élitiste) qui redonne toute sa place à l’émotion et à l’empathie .
Esthétiquement, deux leviers structurent le rapport au spectateur :
- la performance physique (danse, transe), où l’acteur “joue sa vie”, dans une mise en danger constante ;
- des scénographies-objets (objets détournés, fumée, poudres, lumières, musiques) qui fabriquent une résonance sensorielle .
Ce qui compte ici, c’est que cette esthétique n’est pas seulement une signature artistique : c’est une pédagogie. Une manière d’apprendre à regarder, à dire, à se tenir debout dans le présent. L’EAC devient alors un prolongement naturel de la création : même exigence, même liberté, même responsabilité.
L’international : transmettre, traduire, créer des ponts
Ancrée sur le territoire, Caravelle déploie aussi ses actions à l’international, en diffusant des spectacles et en transmettant ses méthodes en Algérie, aux Caraïbes et à Taïwan . La compagnie rappelle notamment un workshop à Taipei en 2024 où les fondements du Théâtre Incontrôlé ont été transmis à des comédiens professionnels . Là encore, la logique n’est pas celle de l’exportation, mais du pont : faire dialoguer langues, pratiques et imaginaires, sans renoncer à l’urgence du geste.
Un média pour relier : Carnet d’Art Podcast
L’axe Média s’incarne dans Carnet d’Art Podcast, pensé comme un espace de circulation de la pensée, des récits, des rencontres. Le podcast prolonge la mission de la compagnie : questionner le monde, ouvrir des débats, élargir le public — et permettre une continuité entre celles et ceux qui voient, ceux qui écoutent, ceux qui n’ont pas encore franchi la porte du théâtre .
Particularités — ce qui fait “Caravelle”
- Ancrage territorial + mobilité : un théâtre qui circule, qui s’invente en réseau, qui préfère la rencontre au prestige.
- Transdisciplinarité : musique, objets, corps, textes, arts visuels — abolition des frontières pour mieux comprendre le présent .
- Recherche et risque : le spectacle comme laboratoire, l’acteur au centre, la mise en danger comme moteur du vrai .
- Engagement social et politique : non pas “messages”, mais situations ; non pas slogans, mais expériences qui déplacent.
- Accessibilité exigeante : populaire ne veut pas dire simpliste ; cela veut dire partagé, vivant, adressé.
Conclusion : embarquer pour un théâtre partagé
Les actions de territoire et l’EAC de La Compagnie Caravelle ne sont pas des satellites autour de la création : ce sont les mêmes vents, la même mer, le même chantier. La compagnie porte le théâtre hors des murs, l’ancre dans la réalité, le rend désirable pour celles et ceux qui ne s’y autorisaient pas. Elle invente des formes de proximité (mini tournée, bars, lettres, téléphones), elle investit les lieux où l’art est rare (santé, justice, ruralité), et elle transmet une esthétique de l’instant — le Théâtre Incontrôlé — comme une école de présence et de liberté.
En bref : Caravelle ne “fait pas” de l’EAC. Elle fait du théâtre comme on fabrique une communauté provisoire. Et chaque rencontre devient un acte de résistance et de poésie.



