
Isabelle Roux-Lalisban : Alors, c’est quoi cette logique du théâtre incontrôlé qu’on retrouve dans Guillotine ?
Antoine Guillot : Il y a toujours cette sorte de marotte de vouloir repousser les limites de la liberté du comédien sur scène pendant la représentation. Ça se traduit par plusieurs choses, notamment dans cette première partie par l’écriture de plateau qui est poussée jusqu’au moment de la représentation. Sauf qu’on ne peut pas dire que c’est de l’improvisation non plus, parce qu’il y a quand même un récit.
Il faut raconter quelque chose dans cette première partie. Il y a des éléments très importants pour la suite du spectacle qui doivent être dit, traversés, montrés dans cette première partie. Sauf que : comment est-ce qu’on concilie à la fois l’écriture de plateau et l’instant, le présent, l’invention sur le présent, et des devoirs qui sont à faire dans cette invention, sans tricher, sans qu’il y ait de texte écrit, sans qu’il y ait une trame évidemment ?
Mais du coup, même cette trame, comment est-ce qu’elle fait pour ne pas être trop rigide, pour rester dans ce moment présent, dans cette connexion avec le spectateur. Et toute particulière, parce qu’évidemment, connexion avec le spectateur, tu peux avoir une connexion avec le spectateur si tu as un truc écrit. Mais là, c’est une connexion particulière, qui a une qualité de connexion, disons, sans jugement de valeur.
Quand je dis ça, c’est une qualité de connexion qui est autre, quoi. Et donc, cette première partie, comme les deux autres d’ailleurs, mais à d’autres endroits, elle plonge le comédien, donc elle me plonge dans un impossible. À la fois à devoir faire des choses, devoir raconter des choses, il faut absolument que je passe par là, et en même temps, je ne peux pas savoir que je vais passer par là.
Donc, il faut que je me reconcentre sur ce nœud-là, et cet impossible-là.
Isabelle Roux-Lalisban : Et comment on sait, en étant seul, sans avoir de retour de regard extérieur, que c’est bon, que ça marche ? C’est cette intuition dont tu parles souvent ?
Antoine Guillot : Oui, et puis, j’ai été très entouré à toutes les étapes pour Guillotine, donc maintenant je passe à une autre phase. Et puis finalement, tous les spectacles se construisent comme ça, quand c’est là, tu sais que c’est là.
Isabelle Roux-Lalisban : C’est juste ? C’est une question de justesse ?
Antoine Guillot : Ouais, ou de bon endroit, ou de propre, on peut prendre la sémantique qu’on veut, mais oui, c’est une question de justesse, et tu sais que c’est là. Par contre, si tu sais pas, si tu as un doute, ça veut dire que c’est pas là. Donc, le curseur, en fait, il n’y a pas besoin de regard extérieur pour ça.
Et si, c’est juste, en fait, l’esthétique même de cette première partie de l’improvisation, de tout ce dont je parlais, fait que si c’est juste pour moi, ce sera juste pour le spectacle, ce sera juste pour le spectateur.
Réservation Guillotine Chapelle Vaugelas Chambéry_ https://www.helloasso.com/associations/la-compagnie-caravelle/evenements/guillotine-3-4-5-mars-a-chambery

