Une création originale d’Antoine Guillot et Erwan Fontaine
Texte et mise en scène : Antoine Guillot
Interprétation : Erwan Fontaine et Antoine Guillot
Production et diffusion : La Compagnie Caravelle
Avec le soutien du Pôle Centre culturel du pays d’Alby sur Chéran (74), du Théâtre du Champ Au Roy – Scène conventionnée d’intérêt national de Guingamp (22), de l’Institut National Supérieur d’Education Artistique et Culturel de Guingamp (22), Garromédia (Guingamps – 22), la Région et la DRAC Auvergne Rhône-Alpes, le Département de la Savoie et la ville d’Aix-les-Bains.
La Compagnie Caravelle est soutenue par son cercle des mécènes, par la ville d’Aix-les-Bains, le département de la Savoie, la Région et la DRAC Auvergne Rhône-Alpes.
Faille Temporelle est une recherche/création, comme à la quête du graal, à la recherche de la faille temporelle.
Recherche en cours, débutée été 2025 – premières étapes publiques dès l’automne 2026.
Note d’intention
Il existe des lieux qui ne se contentent pas d’être beaux. Ils semblent poser une main sur la nuque, déplacer l’air autour de nous, rendre l’attention plus dense, comme si le monde y parlait plus fort. On les appelle “chargés”, “telluriques”, “habités”. Nous faisons l’hypothèse scénique suivante : certains endroits, par leur géologie, leur architecture, leur histoire, leur densité symbolique, produisent une pression particulière sur le vivant. Et cette pression, quand elle atteint un corps prêt, devient émotion, puis mouvement, puis acte.
Le spectacle part de là : de l’idée que l’émotion n’est pas un contenu intime mais une mise en mouvement, le déséquilibre d’une inertie, une propulsion vers l’avenir. Et si cette propulsion, poussée au bout, n’ouvrait pas seulement des gestes, mais des portes. Des failles temporelles.
Nous voulons donc faire un spectacle comme on mène une expédition. Non pas une métaphore d’expédition, mais une expédition réellement écrite au présent, au contact des lieux, des gens, des climats, des angles de regard. Un théâtre qui n’arrive pas avec ses réponses : il arrive avec une question qui réclame des preuves sensibles. Un théâtre qui ne représente pas le monde, mais qui accepte d’être représenté par lui, traversé, déplacé, corrigé.
Nous irons chercher ces failles dans des lieux que l’humanité a désignés comme “merveilles” : deux fois sept, antiques et modernes. Parce que la merveille est précisément l’endroit où le temps se trouble. Elle a cette double nature : le superbement beau et le superbement violent. Elle émerveille, mais elle écrase aussi. Elle promet l’éternité et rappelle la ruine. Elle est une signature de notre espèce et un rappel de notre fragilité.
Le parcours sera une matière dramaturgique. Il ne s’agit pas d’illustrer les Merveilles comme des cartes postales, mais de s’en servir comme d’un laboratoire à ciel ouvert, un protocole vivant. L’itinéraire est une partition : l’acteur et le danseur y deviennent des capteurs, et La Compagnie Caravelle, une équipe d’exploration artistique. Les sites des deux listes des Merveilles forment une constellation. Certains sont encore là, d’autres ont disparu. Cette disparition n’est pas un problème : c’est le cœur du sujet. Car si une merveille antique n’existe plus, elle existe autrement : en trace, en récit, en absence active, en manque qui insiste. Et c’est précisément dans ce manque que la création se met à marcher.
La dramaturgie se construit sur une tension très simple : l’humain se définit par ce qu’il fait, mais ce qu’il fait se charge, se fixe, se juge dans le regard des autres. Or ici, nous élargissons “les autres” : le regard n’est pas seulement celui du public ou du partenaire, il est aussi celui des lieux, des langues, des cultures, des points de vue. Un regard universel au sens métissé : pluralité radicale des interprétations, friction des récits, conflits d’images. Le spectacle ne cherche pas une vérité unique ; il cherche un montage vivant de vérités situées.
Pour tenir ce chantier, nous ajoutons une notion fondatrice : l’incontrôle. Non pas l’improvisation comme décoration, mais l’incontrôle comme méthode. Incontrôler ce que nous ne pouvons pas contrôler. Répondre à l’impossible par l’impossible. La faille temporelle est une hypothèse extrême : si nous voulons la poursuivre honnêtement, nous devons accepter que la scène elle-même devienne un terrain instable. L’acteur et le danseur ne “jouent” pas l’expérience : ils la traversent, ils l’encaissent, ils la transforment, qu’ils l’aient demandée ou non. Être prêt, ici, signifie être disponible à l’événement, à la secousse du monde, et capable de lui donner forme sans la trahir.
Le spectacle sera conçu comme une suite de “chapitres” issus du voyage : chaque lieu déclenche une expérience, chaque expérience devient une scène, chaque scène laisse une trace. Il y aura du plateau, du documentaire, du rituel, de la conférence-poème, de l’archive vivante, de la performance. Le public n’est pas seulement spectateur : il est témoin, parfois complice, parfois juge, parfois surface de rebond. Car si “l’enfer” naît d’une dépendance au jugement, la libération commence quand on accepte le regard sans s’y enfermer, quand on sait redevenir acte au milieu des lectures qui nous fixent.
Ce tour des quatorze merveilles est aussi une traversée du temps au sens physique. La relativité nous rappelle qu’il n’existe pas de présent universel : ce que nous appelons “maintenant” dépend du point de vue, du mouvement, du cadre. Sans faire de la scène un cours de physique, nous voulons prendre cette idée comme une arme poétique : si le “présent” est une coupe locale dans un tissu plus vaste, alors certains lieux, certains alignements, certaines conditions d’attention pourraient rendre perceptible ce que nous croyons inaccessible. Non pas comme un gadget fantastique, mais comme une expérience de perception : sentir qu’on est déjà en décalage, qu’on vit à contretemps, qu’on traverse des épaisseurs de temps plutôt qu’une ligne.
“Trouver une faille temporelle” ne signifie pas forcément voyager comme dans un film. Cela signifie d’abord arriver à une expérience physique, incontestable, où le temps cesse d’être une évidence. Un moment où l’on ressent, dans le corps et dans l’esprit, que le passé n’est plus mais insiste, que le futur n’est pas encore mais attire, que le présent n’est pas un point mais une tension. Un moment où quelque chose bascule : où l’émotion devient propulsion, où le mouvement devient preuve, où la preuve devient récit.
Le spectacle sera produit par La Compagnie Caravelle, parce que Caravelle est déjà une forme de voyage : une compagnie qui travaille par traversées, par ponts, par territoires, par versions, par traductions. Ce projet prolonge cette identité jusqu’à son noyau : faire du déplacement une écriture, du réel une scène, et de la scène une façon d’interroger le réel avec une exigence presque scientifique, mais sans abandonner le feu poétique.
Nous ne promettons pas de trouver. Nous promettons de chercher jusqu’au point où la recherche devient elle-même un événement. Et si l’objectif est clair, il n’est pas confortable : arriver physiquement à quelque chose. Une faille, une porte, un basculement, un signe. Un moment où l’on peut dire, sans croyance, sans rhétorique : ici, le temps a cédé. Ici, le monde a répondu. Ici, nous avons rencontré l’impossible et nous l’avons obligé à bouger.
Ce spectacle sera donc une quête. Une quête au sens archaïque, presque chevaleresque : le Graal n’est pas un objet, c’est une transformation de celui qui cherche. Mais ici, nous posons une exigence supplémentaire : que la transformation ne soit pas seulement intérieure. Qu’elle soit visible. Qu’elle soit partageable. Qu’elle fasse trace. Qu’elle devienne, enfin, théâtre.


