Guillotine

Guillotine

Stéphane Ignaczak - signs photography

Création originale de et avec Antoine Guillot
Dramaturgie : Dominique Oriol
Direction d’acteur : Sinda Guessab
Scénographie, lumières : Aurore Leduc
Musiques : Anis Benhallak
Avec le soutien de l’Espace Malraux, Scène nationale de Chambéry et de la Savoie, du département de la Savoie, des Ateliers Sauvages d’Alger – Wassyla Tamzali.

Synopsis

Victime d’une agression de laquelle il accuse encore des séquelles, un homme veut répondre à cette violence en faisant de cet événement le point de départ d’une nouvelle vie.

Note d’intention

« Dans les rues de Paris la nuit du 13 novembre 2015 on pouvait sentir l’odeur
de la poudre, l’odeur de ces guerres qu’on ne voit habituellement que très
lointaines. Ce qui était à nos portes est maintenant chez nous. Oui, ce sont
des scènes de guerre qui se déroulaient chez nous ce jour-là. Alors les corps
de Paris ont rejoint ceux d’Alep. Mais quel sens peut-on donner aux corps
martyrs de nos amis ? Et quel sens peut-on alors donner à ceux de Syrie ?
Quel regard politique se doit-on de porter sur tout ça ?
C’est à l’automne 2016 que j’ai été victime d’une agression qui m’a plongé
dans le coma, valu des vertèbres cassées et une hypoacousie. Toutes les
violences du monde ne se valent pas mais c’est en affrontant une paralysie
complète et de longues semaines de rééducation, de réappropriation de
mon corps, que j’ai pu voir cet événement comme majeur dans mon parcours
de vie. Je savais qu’il y allait avoir pour moi un avant et un après. J’ai pu
sentir un intime rapport entre mon histoire personnelle et celles d’autres
corps martyrisés. Par corps martyrisé j’entends un être humain réduit à l’état
de corps, corps contraint par un événement qu’il ne maîtrise pas. Un corps
victime d’un attentat, d’une guerre, d’une agression raciste, homophobe, un
corps mort ou mutilé…
Parce que comme les corps des attentats en Europe, en Afrique, au Moyen-
Orient ou ailleurs, comme ces corps écrasés par la guerre, ces corps
minoritaires opprimés par des idéaux, j’ai connu la contrainte, j’ai connu
l’injustice, j’ai dû affronter l’extrême vulnérabilité, la mise à nu de tout
confort. Après avoir subit cette grave atteinte à mon intégrité physique, j’ai
dû supporter les séquelles, faire le chemin de la construction, assumer les
douleurs et apprendre à adapter certains mouvements aux nouvelles limites
de mon corps. Une fois que la violence est là, on peut se trouver dans une
chaîne infernale dont il est difficile de s’extraire. Ce parcours épique qui m’est
personnel est analogue à bien d’autres. Cette histoire intime s’ouvre et se lie
à l’Histoire du monde.
Pour cette performance sur scène, c’est donc les mots d’un homme porteparole
de ces corps martyrisés qui sont incarnés. L’histoire de cet homme devient emblématique de toutes les histoires de corps martyrs, de corps contraints, abîmés. Cette épopée initiatique, revendication pour les damnés de la terre, se déroule en quatre parties.
D’abord est raconté cet « attentat » dont a été victime cet homme. Il raconte
en détail comment il a traversé ça, comment il est revenu petit à petit à la vie,
puis il explicite pourquoi il est légitime aujourd’hui à prendre la parole au nom
des martyrs de notre temps. Dans cette première partie se joue l’ambiguïté
entre la fiction et la réalité. Est-ce le comédien qui raconte son histoire ou le
personnage qui nous introduit le spectacle qui va suivre ?
Pour finir, l’homme peut enfin exécuter ce pourquoi il a engagé cette
performance. Il crée sa propre mort, sa propre renaissance, dans une
esthétique visuelle, plastique et corporelle s’imbriquant sur un oratorio, un
requiem sonore. »